Accidents de trajet 2022 : une stagnation trompeuse et des risques sous-estimés

Accident de trajet impliquant des jeunes travailleurs avec vélos et trottinettes en milieu urbain

Accidents de trajet : une stagnation trompeuse et des risques sous-estimés

Si l’année 2022 avait présenté une diminution des accidents du travail et des maladies professionnelles, la situation des accidents de trajet semblait à première vue plus stable. Cependant, cette stagnation, ou très légère hausse, cachait des dynamiques de risques préoccupantes et sous-estimées, que les chiffres de l’Assurance Maladie – Risques professionnels nous invitent à décrypter avec prudence.

Une stagnation apparente pour un risque persistant

En 2022, les données de sinistralité avaient fait apparaître une stagnation des accidents de trajet (+0,2 %) par rapport à l’année précédente. Ce chiffre, en lui-même, aurait pu sembler rassurant, surtout comparé à l’évolution d’autres catégories. Néanmoins, il était essentiel de regarder au-delà de ce simple pourcentage.

Le coût humain des accidents de trajet

Le coût humain de ces accidents était resté lourd. En 2022, pas moins de 286 décès avaient été recensés suite à des accidents de trajet. Parmi eux, la grande majorité, soit 217 décès, étaient directement liés au risque routier. Cela confirmait le caractère particulièrement dangereux des déplacements entre le domicile et le lieu de travail, la route demeurant un théâtre fréquent de drames.

Les jeunes travailleurs et les nouveaux modes de transport : des vulnérabilités croissantes

L’analyse des victimes avait mis en évidence une vulnérabilité accrue chez les jeunes. En effet, un peu plus de 20 % des décès par accident de trajet avaient concerné des salariés de moins de 25 ans, ce qui représentait 63 vies perdues en 2022. Ce chiffre soulignait la nécessité de campagnes de sensibilisation et de prévention ciblées pour cette catégorie de la population active.

Par ailleurs, l’année 2022 avait marqué une tendance émergente et inquiétante : la part croissante des accidents de trajet impliquant les bicyclettes et patinettes. Sur l’ensemble des accidents de trajet de 4 jours ou plus d’arrêt codés, la proportion de ces accidents était passée de 5,0 % en 2019 à 8,5 % en 2022, soit une augmentation significative de 3,6 points. Cette hausse concernait aussi bien les hommes (passant de 3,0 % à 5,1 % entre 2019 et 2022) que les femmes (de 1,9 % à 3,4 % sur la même période). L’essor de ces modes de déplacement, souvent perçus comme écologiques et pratiques, s’accompagnait de nouveaux défis en matière de sécurité routière pour les trajets professionnels.

Un contexte de prudence dans l’interprétation des données 2022

Il était impératif de rappeler que les données de sinistralité de 2022 avaient été jugées « incomplètes » pour rendre compte des expositions réelles aux risques et de leurs évolutions. Des investigations étaient en cours pour examiner des hypothèses comme l’impact du télétravail ou des « déclarations incomplètes » (sans certificat médical initial/sans déclaration d’AT ou de MP). Par conséquent, l’Assurance Maladie – Risques professionnels avait demandé « instamment au lecteur de ne pas donner d’interpretation structurelle aux évolutions qu’il pourrait être tenté de calculer lui-même ».

Conclusion

La stagnation des accidents de trajet en 2022 ne devait pas être perçue comme un signe de résolution des problèmes. Au contraire, elle masquait des réalités complexes, notamment la persistance des décès sur la route, la vulnérabilité des jeunes, et l’augmentation des risques liés aux nouveaux modes de transport doux. Ces éléments constituaient un rappel essentiel de l’importance de la prévention continue, des formations SST adaptées aux évolutions des pratiques de déplacement, et d’une vigilance accrue de la part des employeurs et des salariés pour garantir la sécurité de tous sur le chemin du travail.

Source : Rapport annuel 2022 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, publié en décembre 2023.