Cancers professionnels : identifier les risques et agir sur les expositions de longue durée en 2022

Travailleurs en équipement de protection dans un environnement industriel, symbolisant la prévention des cancers professionnels.

Introduction

L’année 2022 a confirmé que les cancers d’origine professionnelle restent un enjeu majeur de santé publique, caractérisés par des expositions sur le long terme et une sous-déclaration persistante. Malgré une baisse générale des maladies professionnelles, ces cancers nécessitent une vigilance accrue et des actions de prévention ciblées, comme le met en lumière le rapport annuel 2022 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, publié en décembre 2023.

Des chiffres en légère augmentation, malgré un contexte particulier

En 2022, 1 652 nouveaux cas de cancers professionnels ont été recensés, soit une légère hausse de 19 cas par rapport à 2021, tout en restant en dessous de la moyenne observée entre 2015 et 2019, qui était de 1 900 cas par an. Il est important de noter que les données de sinistralité ont pu être affectées par la crise sanitaire liée au Covid-19, notamment en 2020, ce qui complexifie l’interprétation des chiffres mais souligne aussi la sous-déclaration structurelle de ces maladies.

L’amiante, cause prépondérante

L’amiante demeure la principale cause des cancers professionnels, représentant 77 % des cas en 2022. Ces cancers sont essentiellement de deux types : les cancers bronchopulmonaires primitifs provoqués par l’inhalation de poussières d’amiante, qui constituent 60 % des cas liés à l’amiante, et les affections professionnelles résultant de l’inhalation de poussières d’amiante, représentant 40 % des cas, avec une forte proportion de mésothéliomes malins primitifs de la plèvre (70 % dans cette catégorie).

Autres cancers professionnels : une diversification des reconnaissances

Au-delà de l’amiante, d’autres types de cancers d’origine professionnelle ont été reconnus en 2022. Les cancers non liés à l’amiante représentent 16 % des cas, répartis sur 19 tableaux de maladies professionnelles. Environ 7 % des cas ont été reconnus via l’alinéa 7 de l’article L 461-1 du Code de la Sécurité sociale, qui couvre les maladies ne figurant pas dans les tableaux officiels. Notons également les premières reconnaissances des pathologies liées au trichloréthylène (tableau n° 101) et au cancer de la prostate lié aux pesticides (tableau n° 102), avec la création récente de ces tableaux en 2021 et 2022.

Le facteur crucial : l’exposition de longue durée

La plupart des cancers professionnels se déclarent bien après l’exposition aux agents cancérogènes. En 2022, 88 % des cas étaient liés à une exposition de plus de 10 ans, 6 % à une exposition comprise entre 5 et 10 ans, 6 % entre 1 et 5 ans, et seulement 1 % à une exposition de moins d’un an. Cette longue période de latence complique la prévention et rend indispensable la traçabilité des expositions tout au long de la carrière professionnelle.

Secteurs et prévention

Les secteurs les plus touchés par les cancers professionnels en 2022 sont la métallurgie (25,1 % des cas) et le Bâtiment et Travaux Publics (BTP) (20,2 %). Ces chiffres mettent en évidence la nécessité de concentrer les efforts de prévention dans ces domaines spécifiques. L’Assurance Maladie – Risques professionnels avait d’ailleurs publié en 2019 un fascicule « Enjeux & actions » dédié aux cancers professionnels, qui constitue une ressource précieuse pour mieux comprendre et agir sur ces risques.

Conclusion : Un combat de longue haleine

Les cancers professionnels, en particulier ceux liés à l’amiante, restent un défi majeur pour la santé au travail. La complexité liée à la longue durée de latence, la diversité des causes, et la sous-déclaration nécessitent une stratégie de prévention robuste, longtemps maintenue dans la durée. Pour les organismes de formation en santé et sécurité au travail (SST), il est essentiel de renforcer la sensibilisation aux risques cancérigènes, d’assurer la traçabilité des expositions et de promouvoir la mise en place de mesures de protection adaptées dans les secteurs à risque, afin de protéger efficacement la santé des travailleurs sur le long terme.

Source : Rapport annuel 2022 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, publié en décembre 2023.